Concert du 2 septembre 2018 à la cathédrale de Tournai

 

Partir. Fuir la misère ou la mort, la guerre ou la prison. S’arracher au berceau pour reconstruire un monde. Partir avec pour seuls bagages le poids du souvenir, les mots d’une autre langue, le sillon des blessures et l’espoir du retour.

Partir, malgré tout. Tutoyer l’Inconnu pour s’en faire un ami et pour réinventer une autre musique, la nostalgie au cœur et la rage de vivre chevillée au corps.

 


L’exil, c’est une histoire d’hommes. C’est aussi celle d’un instrument, l’accordéon, parti au XIXe siècle de sa Sicile natale pour des horizons musicaux plus vastes. Compagnon d’infortune des exilés, des marins, des nomades, « le piano du pauvre » ensoleille les bals musette des faubourgs parisiens, s’en va semer ses notes à la Nouvelle Orléans,  inspirateur  du  blues cajun,  puis  glisse  de  la  polka  musette brésilienne au tango argentin, mariant ses harmonies à celles de son génial cousin, le bandonéon.

Il fallait cependant, pour écrire ses lettres de noblesse, la volonté et l’enthousiasme de Richard Galliano, soliste hors pair et compositeur au lyrisme flamboyant, dont l’inspiration et la musicalité explorent les ressources insoupçonnées d’un accordéon exalté.

Capable de passer des   mélodies traditionnelles au « New Musette », dont il est l’initiateur, mais aussi passionné par le répertoire classique, Richard Galliano, ami ou partenaire des plus grands, de Claude Nougaro à Astor Piazzolla, de Barbara à Chet Baker, ne cesse de renouveler et d’élargir son répertoire, bien au delà du folklore.

A travers créations et adaptations,  il convie chaque musicien et chaque instrument au festin d’une musique universelle dont l’accordéon, instrument de l’exil, est le porte-drapeau.

Ce concert, mis en son par Rémi Bourcereau et en lumière par Nicolas Blactot, est un hommage à tous ceux qui, partis malgré eux, n’ont pas renoncé.

 

 

Francine Couturier