Présentation des oeuvres
par l'ensemble Wolf

 

Dans les années 1780 et jusqu’au début du 19e siècle, les ensembles à vent jouissent d’une popularité grandissante aussi bien à Vienne que dans le reste de l’Europe. Leur fonction première est d’assurer une musique d’ambiance pour maintes occasions. Sous des formes très diverses allant du trio à l’octuor voire à un effectif plus important, ce type d’ensemble alors très en vogue se produit tant dans les jardins privés que dans les cours princières.

Mis à part les centaines d’arrangements d’opéras, d’oratorios ou de symphonies, le répertoire original, et notamment celui dédié à l’Harmonie Impériale viennoise des années 1780, contient de nombreux divertissements, sérénades, symphonies ou partitas écrits par les plus grands compositeurs de l’époque.

La sérénade pour vents de Wolfgang Amadeus Mozart dite « Gran Partita » est considérée comme une des plus ambitieuses œuvres du genre.

Les 13 instrumentistes de WOLF proposent d’introduire cette œuvre par une suite de mouvements où l’effectif se construit progressivement et désirent faire renaître l’atmosphère chaleureuse et conviviale des sérénades pour vents avec l’aide des instruments anciens et de leurs sonorités particulières.

 

Divertimenti K 439b et Adagio K 411

 

La clarinette fut sans conteste l’un des instruments favoris de Mozart. Il se voit séduit par cet instrument lors d’un séjour à Mannheim en 1777, tel qu’il l’écrira à son père: "Ah ! Si nous aussi, nous avions des clarinettes!  Vous  ne  pouvez  imaginer  le  splendide  effet  d'une  symphonie  avec  flûtes,  hautbois  et clarinettes!"

Ensuite, la  clarinette occupe une place toujours plus importante dans son œuvre. Outre les œuvres majeures  que  sont  le  quintette  K.581  et  le  concerto  K.622,  un  très  grand  nombre  de  compositions requièrent la  clarinette. Parmi les  compositions les  plus  modestes du  compositeur, on  retrouve cinq ravissants divertimenti pour trois cors de basset (clarinette alto de l’époque). Ils sont vraisemblablement composés à la fin des années 1780. Mozart se trouve alors à Vienne et vit les plus belles années de sa vie. Dans le même esprit, on trouve dans l’oeuvre de Mozart quelques compositions “inédites”, écrites pour ses compagnons Franc-Maçons, comme l’adagio K.411 pour 5 instruments (clarinettes et cors de basset)

 

Sérénade K 375 en Mib majeur (1781) 2 clarinettes, 2 cors et 2 bassons

 

Dans une lettre à son père datée du 3 novembre 1781, Mozart relate l’anecdote de ces six musiciens venus le surprendre un soir en jouant sa sérénade en Mib depuis la cour sous la fenêtre de son domicile Viennois

: « A onze heure du soir, on m’a donné une sérénade de deux clarinettes, deux cors et deux bassons de ma propre composition! Je l’avais écrite pour la Sainte-Thérèse (pour la belle-sœur de M. von Hickel, le peintre de la Cour ; et c’est ce jour-là qu’elle a été réellement produite pour la première fois)

Les six messieurs qui l’ont exécutée sont de pauvres diables, mais qui jouent avec un ensemble tout à fait joli. Mais la raison essentielle pour laquelle je l’ai composée, c’est que je voulais faire entendre quelque chose de moi à M. von Strack (chambellan de la cour). Aussi l’ai-je écrite un peu judicieusement. Elle a eu plein de succès. On l’a jouée en trois endroits différents dans cette nuit de la Sainte-Thérèse. Dès qu’ils avaient achevé en un lieu, on les emmenait et on les payait en un autre.

Cette fois-ci, ces messieurs se sont fait ouvrir la porte de la rue, se sont rangés au milieu de la cour et, comme j’allais justement me déshabiller, ils m’ont surpris le plus agréablement du monde par le premier accord en mi bémol. »

 

Sérénade K 388 en Do mineur (1782) 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 cors, 2 bassons & contrebasse

 

«  J’ai  été  obligé  de  faire  rapidement  une  musique  de  nuit  mais  seulement  pour  harmonie...» Cette remarque de Mozart à son père, dans une lettre de juillet 1782, semble faire référence à la Sérénade en ut mineur K 388 dont l'autographe est daté de 1782. Mais ni le style, ni le caractère de cette œuvre inhabituellement grave ne correspondent à une «musique de nuit» qui, à l'époque, était toujours une musique de plein air ou pour représentation publique. Mozart écrit là un chef d’œuvre d'une finesse et d'une originalité suprême. Peut-être peut-on mettre en relation cette composition avec l'intention du jeune prince de Liechtenstein de fonder une harmonie pour laquelle Mozart devait écrire des pièces. Cette sérénade est d’un bout à l’autre dramatique, avec des moments où l'angoisse atteint le tragique. L'allegro initial nous plonge immédiatement dans le drame avec une mélodie très longue, hésitante et sans cesse rompue, faite d'élans, d'arrêts et de faux départs. Elle est, dans son dynamisme même, porteuse d'une interrogation anxieuse. L'andante semble apporter le calme, mais c'est un calme douloureux. Le menuet fait en quelque sorte diversion par la somptuosité de l'écriture : c'est en effet le langage de Jean-Sébastien Bach qui fait irruption ici. Avec le thème varié de l'allegro final, la tragédie reprend. Telle est cette dernière

«sérénade» conçue par Mozart pour un octuor de vents : l'une des œuvres les plus dramatiques et les plus noires de toute son œuvre.

 

Sérénade K 361 en Sib majeur "Gran Partita" (1781) 12 instruments à vent & contrebasse

 

« Aujourd’hui, j’ai entendu une "musique" pour instruments à vent de M. Mozart. Ce fut grandiose et magnifique. Elle comportait 13 instruments et, à chaque pupitre un maître se trouvait assis. Oh ! Quelle puissance ! Combien grandiose, noble, magnifique ! »

(Extrait des Fragments littéraires de J.F. Schink , 1784)

La sérénade KV 361 en Sib majeur, dite ‘Gran Partita’, est une œuvre consacrée à l’origine au plein-air, cette "musique du soir" dépasse l’esprit simple du divertimento pour rejoindre celui de la symphonie.

Grâce à son inspiration et l’équilibre de son écriture musicale, la diversité de ses formes et de ses genres, ses dimensions et son effectif imposant, chaque partie étant destinée à un instrumentiste soliste, cette sérénade est considérée par beaucoup comme l’un des chef-d’œuvres du répertoire de musique de chambre pour vents.