Présentation des oeuvres
par l'ensemble Wolf

 

Dans les années 1780 et jusqu’au début du 19e siècle, les ensembles à vent jouissent d’une popularité grandissante aussi bien à Vienne que dans le reste de l’Europe. Leur fonction première est d’assurer une musique d’ambiance pour maintes occasions. Sous des formes très diverses allant du trio à l’octuor voire à un effectif plus important, ce type d’ensemble alors très en vogue se produit tant dans les jardins privés que dans les cours princières.

Mis à part les centaines d’arrangements d’opéras, d’oratorios ou de symphonies, le répertoire original, et notamment celui dédié à l’Harmonie Impériale viennoise des années 1780, contient de nombreux divertissements, sérénades, symphonies ou partitas écrits par les plus grands compositeurs de l’époque.

La sérénade pour vents de Wolfgang Amadeus Mozart dite « Gran Partita » est considérée comme une des plus ambitieuses œuvres du genre.

 

Sérénade K 388 en Do mineur (1782) 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 cors, 2 bassons & contrebasse

 

«  J’ai  été  obligé  de  faire  rapidement  une  musique  de  nuit  mais  seulement  pour  harmonie...» Cette remarque de Mozart à son père, dans une lettre de juillet 1782, semble faire référence à la Sérénade en ut mineur K 388 dont l'autographe est daté de 1782. Mais ni le style, ni le caractère de cette œuvre inhabituellement grave ne correspondent à une «musique de nuit» qui, à l'époque, était toujours une musique de plein air ou pour représentation publique. Mozart écrit là un chef d’œuvre d'une finesse et d'une originalité suprême. Peut-être peut-on mettre en relation cette composition avec l'intention du jeune prince de Liechtenstein de fonder une harmonie pour laquelle Mozart devait écrire des pièces. Cette sérénade est d’un bout à l’autre dramatique, avec des moments où l'angoisse atteint le tragique. L'allegro initial nous plonge immédiatement dans le drame avec une mélodie très longue, hésitante et sans cesse rompue, faite d'élans, d'arrêts et de faux départs. Elle est, dans son dynamisme même, porteuse d'une interrogation anxieuse. L'andante semble apporter le calme, mais c'est un calme douloureux. Le menuet fait en quelque sorte diversion par la somptuosité de l'écriture : c'est en effet le langage de Jean-Sébastien Bach qui fait irruption ici. Avec le thème varié de l'allegro final, la tragédie reprend. Telle est cette dernière «sérénade» conçue par Mozart pour un octuor de vents : l'une des œuvres les plus dramatiques et les plus noires de toute son œuvre.

 

Sérénade K 361 en Sib majeur "Gran Partita" (1781) 12 instruments à vent & contrebasse

 

« Aujourd’hui, j’ai entendu une "musique" pour instruments à vent de M. Mozart. Ce fut grandiose et magnifique. Elle comportait 13 instruments et, à chaque pupitre un maître se trouvait assis. Oh ! Quelle puissance ! Combien grandiose, noble, magnifique ! »

(Extrait des Fragments littéraires de J.F. Schink , 1784)

La sérénade KV 361 en Sib majeur, dite ‘Gran Partita’, est une œuvre consacrée à l’origine au plein-air, cette "musique du soir" dépasse l’esprit simple du divertimento pour rejoindre celui de la symphonie.

Grâce à son inspiration et l’équilibre de son écriture musicale, la diversité de ses formes et de ses genres, ses dimensions et son effectif imposant, chaque partie étant destinée à un instrumentiste soliste, cette sérénade est considérée par beaucoup comme l’un des chef-d’œuvres du répertoire de musique de chambre pour vents.